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Mieux
que Dolly le clone?
On a créé un spermatozoïde
transgénique
Une équipe d'Hawaii a obtenu des souris porteuses d'un nouveau gène en le faisant
«capter» par un spermatozoïde. Révolution en vue pour l'élevage.
Par CORINNE BENSIMON
Le mardi 18 mai 1999 |
| Le
spermatozoïde nouveau est né, à Honolulu. Un spermatozoïde transgénique, pionnier de
sa catégorie. Les rayons du génie génétique comptaient déjà toute sortes de virus,
cellules et organismes au patrimoine génétique savamment bricolé. Voici que débarque
une cellule sexuelle, mâle en l'occurrence: un spermatozoïde de souris doté d'un gène
de plante. Introduit dans un ovule, il produit un souriceau transgénique, porteur de ce
nouveau caractère végétal.
La prouesse aurait de quoi attiser
les débats sur les limites sans cesse repoussées de la manipulation de la reproduction
animale, voire humaine. Cependant, l'article publié cette semaine dans l'hebdomadaire
américain Science par Ryuzo Yanagimachi et ses collègues n'incite guère aux
états d'âme. Leur «super spermatozoïde» a été conçu avant tout comme un «nouvel
outil» prometteur, pour la production de bétail transgénique. Depuis vingt ans, ce
créneau d'élevage fait rêver la médecine et les firmes de biotechnologies. Déjà,
quelques labos dans le monde s'enorgueillissent d'un petit cheptel de brebis et chèvres
transgéniques sécrétant des protéines humaines médicamenteuses dans leur lait, contre
la mucoviscidose ou l'infarctus. Mais leurs «récoltes» sont encore notablement maigres.
Faute d'une technique efficace permettant de modifier en routine le patrimoine génétique
de centaines de caprins, ovins et bovins, le secteur peine à passer à la phase
industrielle. Le spermatozoïde transgénique d'Hawaii se promet de l'y propulser.
Il ne paie pourtant pas de mine, ce
spermatozoïde high-tech. Il a même une drôle de tête, genre gueule cassée, et pour
cause. On lui a fait sauter la membrane, cette fine pellicule qui protège son unique
trésor, son petit noyau où sont rangés tous ses gènes. En plus, il a perdu sa queue,
arrachée par une décharge électrique. Disons le tout net, en citant Ryuzo Yanagimachi
et ses collègues: leur super spermato est un «spermatozoïde mort» puisque bien
incapable, en son piteux état, de partir à l'assaut d'un ovule. Qu'importe ce handicap
fâcheux : pour qu'il accomplisse malgré tout son mâle destin de cellule
fécondante, une pipette fera le taxi, le saisira et le déposera au cœur de l'habitacle
femelle, manip bien connue sous le nom d'ICSI, injection intracytoplasmique de spermatozoïde.
Qu'importe en effet, l'essentiel est ailleurs: ce spermatozoïde ainsi «blessé» est
devenu capable de produire un animal transgénique.
C'est ce que démontre Ryuzo
Yanagimachi, sommité mondiale de la recherche en biologie de la reproduction, dans cet
article de Science. Il prouve qu'un spermatozoïde dont la membrane est déchirée
peut «attraper» un gène étranger présent dans son environnement et devenir ainsi
«transgénique». Cela n'est guère surprenant en théorie, cette membrane servant
vraisemblablement à protéger le patrimoine génétique du spermatozoïde contre toute
contamination, notamment par de l'ADN viral. De fait, les biologistes d'Hawaii ont plongé
des spermatozoïdes ainsi lésés dans une solution contenant des centaines de copies d'un
gène étranger à l'espèce, en l'occurrence un gène de plante commandant la fabrication
d'une protéine fluorescente - un gène «marqueur» utilisé pour tester la faisabilité
d'une manipulation génétique. Puis ils ont fécondé des ovules avec ces
spermatozoïdes. Résultat, après transfert des embryons obtenus dans des souris «mères
porteuses»: 20 % de naissances, toutes transgéniques, sont porteuses du gène fluo. De
quoi faire rêver les chercheurs qui tentent de fabriquer du bétail transgénique.
Avec la technique utilisée
jusqu'ici, leur taux de succès est plutôt de l'ordre de quelques pour cent. Depuis la
naissance du premier souriceau transgénique en 1974, elle reste, dans son principe,
inchangée. Le gène étranger est tout simplement injecté, via une micro-pipette, dans
le noyau d'un tout jeune embryon au stade une cellule (un ovule qui vient d'être
fécondé). La méthode marche plutôt bien pour fabriquer des souris transgéniques,
(environ 20 % de succès) mais échoue le plus souvent quand on passe aux gros
mammifères. Question de qualité de l'ovule, souligne Yanagimachi. Transparent chez la
souris, il est opaque chez le bétail, ce qui rend difficile le contrôle de l'injection
du gène. «Ce sont ces échecs répétés qui ont suscité un tel engouement pour le
clonage, note Bernard Jégou, spécialiste de la spermatogenèse à l'Inserm. Faute
de pouvoir fabriquer à volonté du bétail transgénique, on imagine de
"recopier" à l'infini un bovin ou ovin transgénique obtenu à grand peine.»
Ironie de l'histoire, la percée hawaiienne pourrait bien porter un coup singulier à la
voie ouverte par la naissance de Dolly la brebis, premier clone d'adulte. «Si la
technique marche aussi bien sur le bétail que sur la souris, estime Bernard Jégou, il
est probable que les investissements - scientifiques et surtout financiers - sur le
clonage d'adulte perdront une grande part de leur intensité.» Le spermatozoïde
transgénique, meilleur ennemi des clones?.
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LE
MONDE / 07 Mai 1999
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Sinogen, symbole
des ambitions chinoises
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EN CHINE, le débat " éthique " sur le bon usage des organismes génétiquement
modifiés (OGM) n'est pas d'actualité. Le gouvernement chinois soutient clairement, et
depuis plusieurs années, ce type de culture : plus de 150 000 hectares - principalement
de coton, de tomates, de poivrons - sont désormais plantés dans l'est et le sud du pays.
Pour commercialiser ces produits,
le gouvernement a accordé au total six licences : cinq à des acteurs chinois et la
dernière, en 1997, au groupe américain de biotechnologies Monsanto, qui cultive sur
place du coton transgénique. " Nous faisons désormais partie, avec les Etats-Unis,
le Canada et l'Argentine, des quatre plus grands pays commercialisant des plantes
génétiquement modifiées ", explique fièrement le professeur Zhangliang Chen,
vice-président de l'université de Pékin, une institution qui détient trois des
licences chinoises. La Chine est cependant loin derrière les Etats-Unis, dont la surface
d'OGM cultivée est 170 fois supérieure !
Pour justifier son orientation, le
géant asiatique met en avant une nécessité économique. " Les cultures
transgéniques, résistant aux virus ou aux insectes, présentent des rendements
supérieurs de 15 % à 20 % à ceux des cultures traditionnelles. Ceci est important, car
notre pays va avoir un problème pour se nourrir ", analyse M. Chen. " La Chine,
c'est aujourd'hui, à l'échelle de la planète, 23 % de la population sur seulement 7 %
de la terre cultivable. Et ce déséquilibre va s'aggraver, ajoute-t-il, nous serons 1,5
milliard en 2025, alors que la surface de terre cultivable va diminuer avec l'urbanisation
du pays. Nous allons, de plus, avoir un problème d'irrigation car bientôt l'eau va
manquer. " Pour trouver des solutions, le pays s'est lancé dans un programme
d'ampleur : augmentation des subventions gouvernementales aux centres de recherche,
passerelles entre universités et entreprises encouragées, ouverture aux coopérations
internationales de recherche...
PROJETS DE COTATION
Le professeur Zhangliang Chen a
saisi cette opportunité pour créer en 1993, Sinogen, une des premières entreprises de
biotechnologie chinoise , qui attire déjà des convoitises étrangères. Le groupe
américain de capital-risque Hambrecht & Quist (H & Q) a misé sur Sinogen dès
1995 : " Plus de 10 millions de dollars au total ont été investis depuis cette date
par ce partenaire ", explique M. Chen. Il est vrai que l'investisseur américain n'a
pas misé sur un inconnu. Zhangliang Chen, à trente-huit ans, collectionne les
distinctions et les honneurs. Ancien étudiant de l'université de Washington, il a été
désigné par Time Magazine comme " un des 100 jeunes espoirs mondiaux pour le
prochain siècle ". Son entreprise de biotechnologie, qui emploie désormais 300
personnes, travaille sur les produits agricoles et pharmaceutiques. Elle a enregistré, en
1998, un résultat net de 62 millions de yuans (environ 46 millions de Francs, 7 millions
d'euros) pour un chiffre d'affaire s de 210 millions. En juin 1999, Sinogen devrait être
cotée dans son pays.
A l'image de la biotechnologie
chinoise, M. Chen ne compte pas en rester là . " Nous avons le projet, avec l'aide
de H & Q, d'être cotés aux Etats-Unis en entrant au Nasdaq ", précise-t-il.Et
d'étendre désormais ses recherches à d'autres produits. " Après les tomates
génétiquement modifiées, nous travaillons particulièrement sur le riz et le blé.
"
LAURE BELOT
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MONDE+ / 07 Mai 1999 /
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L'industrie
agrochimique impose une nouvelle révolution verte
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" NOUS ALLONS contribuer par de nouvelles techniques, intégrant les biotechnologies,
à agir non seulement sur la protection des cultures, mais aussi sur la nature même du
produit final ", souligne Georges Santini, porte-parole de Rhône-Poulenc Agro
France, promoteur d'un coton génétiquement modifié qui résiste aux herbicides. "
Aujourd'hui, nous élargissons la palette des outils mis à la disposition des agronomes ;
demain nous offrirons aux transformateurs une matière première agricole aux qualités
nutritionnelles, gustatives ou industrielles améliorées. "
Les premières plantes
transgéniques mises sur le marché, dès 1995 aux Etats-Unis, présentent surtout un
intérêt pour les agriculteurs : elles sont susceptibles de réduire la quantité de
produits phytosanitaires utilisés pour protéger les cultures. La promesse d'une nouvelle
révolution verte donne des ailes aux grands groupes agrochimiques, tels les américains
Monsanto, DuPont et Dow, le suisse Novartis, l'allemand Agrevo (groupe Hoechst), le
britannique Zeneca ou le français Rhône-Poulenc Agro. Les produits vedettes sont des
sojas et maïs obtenus par une modification génétique qui leur permet de supporter, sans
inconvénient, un herbicide couramment utilisé en agriculture. En présence de ce
produit, toutes les mauvaises herbes périssent, laissant la plante cultivée se
développer de façon optimale. L'autre innovation biotechnologique est constituée de
plantes résistant aux agressions des insectes, comme le maïs capable de se protéger
contre des chenilles de lépidoptères.
Aux Etats-Unis, ces nouveaux
outils, parce qu'ils améliorent le rendement des cultures et permettent d'éliminer
plusieurs étapes polluantes, ont connu un engouement record. Les " farmers ",
compte tenu des bénéfices qu'ils en tirent, les ont massivement adoptés. Les plantes
modifiées ont fait des émules en Argentine, en Chine et au Japon, qui déclarait
récemment les biotechnologies " priorité nationale ". Les pays en
développement, soucieux de nourrir une population exponentielle, pourraient escompter une
hausse de leurs rendements agricoles de 10 % à 25 % par la substitution aux variétés
classiques de plantes OGM adaptées.
De sorte que les capitaines de
l'agrobiotechnologie croient à l'avenir des OGM. Même si, dans les pays d'Europe
particulièrement secoués par les récentes affaires de la vache folle, ils sont tenus
d'avancer à pas comptés. Chez Novartis Seeds, la première société à avoir
commercialisé des OGM en Europe - 1 500 hectares de maïs autoprotégé contre la pyrale,
un ravageur du maïs, ont été cultivés en France en 1998 -, on déclare souscrire au
souhait du consommateur d'avoir le choix de manger ou non des OGM.
LAISSER LE CHOIX " Dès la
commercialisation de nos premières variétés transgéniques, en 1998 en Europe, nous
avons été en faveur de la création d'une filière non OGM ", revendique Christian
Morin, directeur de la communication des grandes cultures chez Novartis Seeds. " La
comparaison est le seul moyen pour que le consommateur voit aussi les bénéfices des OGM,
parce qu'il y en a ! "
Même son de cloche chez Monsanto,
le leader mondial des OGM (15 millions sur les 20,5 millions d'hectares consacrés aux OGM
aux Etats-Unis relèvent de leur technologie) : " La pire des choses serait que le
consommateur ait le sentiment que l'on ne lui donne pas le choix ", estime Stéphane
Pastereau, coordinateur scientifique. " Nous soutenons la création d'une filière
non OGM car nous pensons que le développement des OGM en dépend ", précise plus
crûment François Thiboust, directeur de la communication " biotechnologies "
de la société Agrevo.
Les entreprises françaises
participent, au travers de leurs organisations professionnelles, en liaison avec
l'Institut national de recherche agronomique (INRA) et les organisations de consommateurs,
à un groupe de travail lancé il y a huit mois, pour étudier la faisabilité d'une
filière garantie " sans OGM ". Dès l'automne 1999, les premiers résultats
devraient permettre d'apprécier l'utilité et la faisabilité des filières " non
OGM ". Les entreprises des science de la vie militent pour le choix d'une méthode
fiable de détection des OGM, l'établissement d'un seuil de tolérance pour pallier les
risques de " contamination fortuite " et celui d'une liste de produits exemptés
d'étiquetage (pour des produits dont il n'est pas possible de décréter s'ils sont ou
non OGM). Une chose est sûre : " Le coût final des produits sans OGM sera
inversement proportionnel à la quantité semée ", prévient Didier Marteau,
agriculteur et président du groupe de travail.
PRAGMATISME
Si près de 7O % des consommateurs
français, selon les sondages, souhaitent avoir le choix dans leur assiette, rien ne dit
qu'une fois les produits dans les rayons, leur acte d'achat n'ira pas vers les produits de
masse, OGM pour la plupart. " Il faut que le consommateur comprenne que la filière
non OGM aura un surcoût et qu'il ait en conséquence la perception que le produit est
différent ", souligne M. Santini. " Or, nous avons la certitude qu'en terme de
sécurité, de qualité alimentaire et gustative, les produits sont équivalents. "
Les agriculteurs, par le biais de
la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), participent à ce
groupe de travail qu'ils ont initié et réclament une protection plus large des
agriculteurs comme des consommateurs. Mais une certain pragmatisme prévaut ici aussi.
" L'interdiction des OGM en France menacerait notre recherche, notre agriculture et,
par là, notre indépendance alimentaire. En revanche, elle n'empêcherait pas le
déferlement des produits issus d'OGM en Europe ".
De l'avis de tous, y
compris des distributeurs, l'intérêt bien compris de la filière agricole et
agroalimentaire est, non pas de refuser les plantes transgéniques, mais d'encadrer leur
développement. La mise en route d'une filière non OGM est aussi une manière "
politiquement correcte " de... banaliser les OGM.
VERONIQUE
LORELLE
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LE
MONDE++ / 07 Mai
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La grande
distribution attise le débat sur les aliments transgéniques.
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Un marché en
pleine explosion
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Les surfaces cultivées en OGM : elles ont plus que doublé en 1998, passant de 11
millions d'hectares en 1997 à 27,8 millions en 1998 (hors Chine), selon l'International
Service for the Acquisition of Agribiotech Applications (Isaaa). Alors que le soja et le
maïs représentent actuellement 82 % de la production transgénique, les experts
prédisent la conversion, d'ici 2005, des principales cultures en OGM.
Les Américains, champions de la
production : l'Amérique du Nord représente 84 % des surfaces cultivées en OGM dans le
monde, dont 2,8 millions d'hectares pour le Canada et 20,5 millions pour les Etats-Unis.
Dans ce dernier pays, 40 % des surfaces consacrées au soja étaient cultivées en OGM en
1998. Pour le maïs, la proportion s'élevait à 25 %.
Les autres producteurs :
l'Argentine, avec 4,3 millions d'hectares, se consacre au soja, dont 60 % de l'assolement
est en OGM. La production des autres pays reste symbolique : l'Australie, le Mexique,
l'Espagne, la France et l'Afrique du Sud représentent, ensemble, moins de 1 % de la
production mondiale. La Chine, dont la production est difficile à connaître, n'est pas
prise en compte dans ces statistiques.
Le marché : selon l'Isaaa, le
marché des plantes génétiquement modifiées a été multiplié par vingt de 1995 à
1998, passant dans cette période de 75 millions à 1,5 milliard de dollars. Il pourrait
atteindre 25 milliards de dollars en 2010.
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LE
MONDE / 20 Avril 1999
/ Supplément
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LE MONDE
ECONOMIE
LES ENJEUX, LES INITIATIVES |
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DOSSIER
Commerce et santé, un couple à
risques
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Les OGM, un bien
ou un mal pour les pays en développement ?
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Les organismes
génétiquement modifiés pourraient représenter un espoir, mais ils ne sont pas la
panacée
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Les organismes génétiquement modifiés (OGM) peuvent-ils contribuer à réduire la
sous-alimentation, qui touche actuellement 800 millions de personnes dans le monde ?
Assureront-ils demain la sécurité alimentaire de la planète, peuplée, en 2025, selon
les prévisions les plus basses, de 9 milliards d'habitants ? A ces deux questions, la
réponse est : non. A moins que... A moins que soit modifiée l'organisation économique
mondiale, à moins de promouvoir une autre distribution des ressources alimentaires, à
moins que les pays en développement inventent une autre exploitation de leurs terres...
Pis : si le génie génétique
constitue un indéniable atout pour l'amélioration des variétés végétales, ces
avantages concernent, pour l'essentiel, les agricultures des pays industrialisés. A
mesure que s'étend la culture des plantes transgéniques (elle concerne déjà plus de 30
millions d'hectares, situés pour l'essentiel aux Etats-Unis), le fossé entre le Nord et
le Sud pourrait donc s'accentuer. D'autant que certaines innovations génétiques, loin de
répondre aux préoccupations agronomiques du tiers-monde, pourraient rendre inutiles des
produits dont il était jusqu'alors l'unique fournisseur. Ainsi l'huile laurique,
traditionnellement extraite des noix de coco ou des palmiers, peut-elle désormais être
produite par du colza transgénique.
Une évolution qui pourrait menacer
la sécurité alimentaire de nombreux pays tributaires des recettes engendrées par
l'exportation de ces substances.
En théorie, pourtant, les cultures
les plus répandues dans les pays du Sud, tels le manioc ou le riz, pourraient, elles
aussi, bénéficier de la transgenèse. En introduisant dans leur patrimoine héréditaire
des gènes étrangers, on pourrait les rendre plus productives, plus résistantes à
certaines maladies, mieux adaptées aux conditions climatiques, moins consommatrices de
pesticides. Mais ces avancées impliquent que soient pris en compte les intérêts
domestiques et locaux des populations concernées. Pas ceux des marchés internationaux,
seuls visés par les grandes firmes agrochimiques et semencières.
Sur quels critères économiques
ces multinationales, principales détentrices du potentiel de recherche dans le domaine
des OGM, feraient-elles une production adaptée aux besoins de l'Afrique subsaharienne ?
" Répondre au défi d'une alimentation suffisante pour la planète entière implique
de travailler sur des variétés locales cultivées dans les pays en développement
", affirme Philippe Gay, directeur des recherches Europe-Novartis, qui précise que
sa société met " certaines technologies à la disposition de l'IRRI et du Cimmyt,
instituts de recherche internationaux sur le riz et le blé ". Le géant américain
Monsanto, qui axe depuis plusieurs années ses campagnes publicitaires sur la sécurité
alimentaire - censée être résolue au niveau mondial par le développement des
biotechnologies végétales -, mène, avec le Mexique et quelques pays d'Afrique, des
actions ponctuelles de coopération technologique pour améliorer la résistance aux virus
du manioc, de la patate douce ou du piment rouge. Mais cette contribution reste très
modeste au regard de son chiffre d'affaires (48 milliards de francs en 1997, 7,31
milliards d'euros).
Suprématie des pays
industrialisés en matière de prise de brevets et de production de semences, priorité
donnée aux produits d'exportation au détriment des cultures vivrières : le seul moyen,
pour les pays en développement, d'espérer des innovations qui leur soient réellement
utiles, est de posséder un secteur de recherche public assez puissant pour imposer ses
choix.
Si les moyens manquent, nombre de
pays relevent la tête. Ainsi, en Inde, où l'Agricultural Research Institute développe
depuis plusieurs années des variétés transgéniques, certains travaux visent à
contrecarrer les perspectives les plus alarmantes évoquées par les multinationales,
telle la technologie Terminator. Cette construction génétique, à laquelle
s'intéressent toutes les grandes firmes semencières, présente, entre autres
propriétés, celle de permettre la stérilisation des graines, et pourrait ainsi
empêcher les agriculteurs d'exploiter leurs semences d'une année sur l'autre ( Le Monde
du 12 mars 1999). " Le risque d'un monopole des multinationales sur les plantes
transgéniques existe donc. C'est aux pouvoirs publics d'y résister ", résume Anil
Gupta, professeur à l'Indian Institute for Management. Et de fait, ainsi que le révèle
cet expert dans un dossier consacré aux OGM par Courrier de la planète (juillet-août
1998), la recherche publique indienne s'oriente vers la mise au point de variétés
agricoles porteuses d'un gène dont l'action serait exactement inverse de celle de la
technologie Terminator. " Toute plante, hybride ou transgénique, qui possédera ce
gène pourra être réensemencée chaque année sans que les caractères de la plante
mère se diluent au cours des générations. Le paysan n'achèterait donc la semence que
la première année ", précise-t-il. Elle sera alors, pour les pays pauvres, la
première semence transgénique de l'espoir.
CATHERINE VINCENT
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+LE
MONDE / 20 Avril 1999 / Supplément
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LE MONDE
ECONOMIE
LES ENJEUX, LES INITIATIVES |
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DOSSIER
Commerce et santé, un couple à
risques
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Jeremy Rifkin,
auteur du Siècle biotech (La Découverte)
" Je crois à la loi du marché, mais elle ne suffit pas "
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WASHINGTON de
notre correspondant |
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" La guerre du boeuf aux hormones fait rage entre les Etats- Unis et l'Union
européenne. S'agit-il uniquement de protectionnisme des Quinze, comme l'affirme
Washington ? - L'Europe a un bon dossier. Je pense qu'il s'agit plus d'un problème
culturel que d'une guerre commerciale. Chez les Européens, en particulier les Français
et les Italiens, l'alimentation n'est pas une fonction séparée. Elle fait partie d'un
ensemble culturel national. Je suis favorable à un boycottage du boeuf aux hormones.
" La crise de la "vache folle" est grave, mais ce n'est rien par rapport à
ce qui nous attend avec le développement des organismes génétiquement modifiés (OGM).
Il ne s'agit pas là d'un accident mais d'un effort délibéré pour changer l'approche de
l'industrie agroalimentaire dans le monde. Même si la plupart de ces OGM devaient être
sans danger, les conséquences des autres risquent d'être catastrophiques à long terme.
- La biotech représente-t-elle une menace ? - Les groupes Monsanto et Novartis veulent
imposer en France la production et la consommation d'OGM. Or il s'agit de
l'expérimentation la plus radicale et la plus imprévisible de toute l'histoire de
l'agriculture. Monsanto affirme que les croisements d'espèces ont toujours existé et
qu'il s'agit seulement d'être plus précis. C'est faux. Les croisements traditionnels
concernaient des animaux ou des plantes de la même espèce - comme le cheval et l'âne -,
mais pas l'âne et le pommier. Un exemple : des gènes de hamsters de Chine ont été
insérés dans le génome de plants de tabac pour augmenter leur production de stérol.
" Cette ingénierie génétique s'applique désormais à la vie elle-même. Avec
l'ADN, on peut copier, modifier, démonter et remonter des matériaux humains pour leur
donner de nouvelles utilisations. Mais la vie n'est pas comme ça, elle est extrêmement
complexe et composée d'espèces interconnectées. Utiliser la logique technologique pour
transformer les modes de vie est potentiellement dangereux... - ... Pour l'environnement,
par exemple ? - Quand vous introduisez dans l'environnement des organismes exotiques, la
plupart d'entre eux s'adaptent, d'autres dégénèrent en mauvaises herbes. Que va-t-il se
passer si on plante une semence génétiquement modifiée, résistante aux pesticides ou
aux insectes ? Monsanto affirme que ses OGM permettront de réduire la consommation de
pesticides. C'est absurde : comment les croire, alors qu'ils en produisent ? "
Cultiver en laboratoire n'est pas la même chose qu'en pleine nature : rien n'empêche les
gènes de s'envoler pendant la pollinisation. Si une plante résistante aux insecticides
passe dans le champ voisin, y rencontre une parente sauvage, lui implante sa résistance,
elle peut se répandre comme le chiendent dans toute la région. Qui sera légalement
responsable ? Les assureurs ne garantissent pas les fabricants d'OGM contre les risques à
long terme. Le gouvernement américain a beau affirmer que ces OGM sont sans danger,
aucune science ne permet encore de contrôler les risques de ce genre. - Les éleveurs
américains utilisent, pour accroître la production de lait, une hormone de croissance,
la somatropine bovine (BST), accusée de nuire à la santé des vaches et des
consommateurs. Le Canada vient de l'interdire. Le moratoire de cinq ans décrété par
l'UE expire fin 1999. Faut-il le reconduire ? - J'ai dirigé la campagne contre la BST en
1992. C'était très important, car elle est le symbole des dangers de la biotech. Je suis
heureux que les Européens y soient opposés. Aux Etats-Unis, son utilisation est
protégée par la collusion entre la Maison Blanche, le Congrès et l'" agro-
business ". Il ne faut pas oublier que l'agrochimie représente un marché de 29
milliards de dollars (26,68 milliards d'euros), dont 81 % sont contrôlés par dix
sociétés et que celui des semences est de 15 milliards de dollars (13,8 milliards
d'euros). - Vous semblez bien pessimiste. Tout est-il mauvais dans la biotech ?
Il y a deux approches, la dure, qui
considère toute plante comme isolée et qui veut faire de chacune une sorte de guerrier
bien armé pour lutter contre l'environnement et produire au maximum. Il y a aussi
l'approche douce, plus sophistiquée, qui suit la loi du marché, mais pour développer
une agriculture organique. Elle utilise la même science sans négliger les connaissances
des générations précédentes. Pas d'ingénierie mais un partenariat avec la nature. -
Cette révolution de la nature, cette seconde genèse dont vous parlez, ne pose-t-elle pas
des questions qui dépassent l'économie et la science pour toucher au débat fondamental
sur la vie ? - La manière dont nous approchons les autres créatures reflète celle dont
nous voyons notre propre espèce. Si nous sommes prêts à transformer plantes et animaux
en objets d'expérimentation dans un but purement mercantile, pourquoi ne le ferions-nous
pas avec les êtres humains ? Mais ne nous y trompons pas : cette science est exaltante et
peut être très bénéfique. Mais elle est aussi répulsive et considérée comme
moralement erronée. - Les Américains sont-ils, dans ce domaine, proches des Européens ?
- Les sensibilités sont différentes, comme sur la question des mères porteuses ou du
clonage humain. Aux Etats-Unis, la location d'utérus est autorisée dans la plupart des
Etats. Le projet de loi contre le clonage humain n'a pas été voté, faute de soutien au
Congrès et en raison de l'intérêt commercial qu'il suscitait alors qu'il est interdit
en Europe. Le marché est ici l'arbitre ultime. Je crois à la loi du marché, mais elle
ne suffit pas : il y a aussi la culture, la société, la politique. J'espère que les
Européens, pour qui le souvenir de l'Holocauste est encore proche, deviendront la
référence morale du siècle prochain. "
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| PROPOS
RECUEILLIS PAR PATRICE DE BEER
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++LE
MONDE / 20 Avril
1999 / Supplément
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LE MONDE
ECONOMIE
LES ENJEUX, LES INITIATIVES |
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DOSSIER
Commerce et santé, un couple à
risques |
| La BST, un
produit indésirable en Europe |
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Montesanto, la firme américaine, devra encore attendre avant que les vaches européennes
puissent être traitées à la BST (somatotropine bovine), une hormone produite par des
bactéries génétiquement modifiées qui permet un accroissement de la production
laitière pouvant aller jusqu'à 15 %. Selon toute vraisemblance, les Quinze vont
prolonger le moratoire interdisant son utilisation. Etablie pour une durée de cinq ans,
l'interdiction expirait à la fin de l'année. Mais elle devrait être reconduite sur la
base d'un rapport scientifique faisant état d'effets nocifs de la BST sur les animaux
traités. Un autre rapport sur la santé humaine s'interroge sur d'éventuels effets
cancérigènes. Sans apporter de preuves.
Commercialisée par Monsanto aux
Etats-Unis sous l'appellation Prosilac, la BST est utilisée par environ 13 000 éleveurs
américains et concerne 30 % des vaches laitières du pays. Autorisée par l'agence
américaine du médicament (FDA) à la fin de 1993, elle est officiellement considérée,
dans ce pays, sans danger tant pour la santé animale qu'humaine. L'étude adoptée, en
mars, par la Commission et portant sur le bien-être et la santé animale ne partage pas
ces assurances. Les vaches traitées à la BST ont, entre autres, des risques accrus de
contracter des mammites (inflammation des mamelles), de souffrir de boiteries, d'avoir des
cycles de reproduction perturbés. Le comité scientifique estime par conséquent que les
vaches laitières ne devraient pas être traitées avec cette hormone.
Du côté de la santé humaine, la
BST pourrait entraîner l'augmentation, dans le lait des vaches, du taux d'une sustance
hormonale l'IGF1 ( insuline-like growth factor) aux effets controversés. Naturellement
présente chez l'être humain, cette hormone verrait son taux augmenter en cas de cancer
du sein et de la prostate sans qu'on en sache plus. Mais faute d'une quelconque preuve, le
comité scientifique souligne la nécessité de mener des études complémentaires.
Face à ces affirmations, Monsanto
conteste fermement tout effet négatif de la BST pour la santé humaine et rappelle
qu'aucune étude n'a montré de lien entre l'injection de cette substance et une
quelconque augmentation de l'IGF1. En revanche, la firme ne nie pas certains risques
concernant la santé animale (mammites, chute de fertilité et boiteries), mais considère
qu'ils sont évités par une gestion appropriée des éleveurs. La prévention de ces
risques ne pose pas de problème pour la vaste majorité des fermiers américains, assure
la multinationale en faisant référence à un contrôle effectué sur le terrain par la
FDA.
En janvier, le gouvernement
canadien a interdit, lui aussi, l'utilisation de cette hormone, faisant notamment mention
des risques de stérilité et d'infection mammaire. Prochainement, une nouvelle bataille
devrait se jouer au niveau du Codex alimentarius. Cette organisation, sous tutelle de
l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et de
l'Organisation mondiale de la santé (OMS), est chargée d'édicter des règles sanitaires
communes pour les produits échangés à travers le monde.
Le cas de la BST, qui ne fait
toujours pas l'objet de règles internationales, devrait être examiné fin juin. Si elle
entrait dans la liste des produits inscrits au Codex, les positions européennes
risqueraient d'être plus difficiles à tenir. Or, d'un point de vue économique,
l'arrivée en Europe d'une substance qui vise à augmenter une production de lait limitée
par des quotas peut sembler paradoxale.
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| MARTINE
LARONCHE
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La
crise de la dioxine
ne cesse de s'aggraver
Samedi 05 Juin 1999 - 16h18
BRUXELLES, 5 juin
(AFP) - La crise de la dioxine en Belgique, qui a commencé la semaine dernière avec un
reportage de la télévision flamande sur les farines animales contaminées avec ce
produit cancérigène, a pris des proportions sans précédent, plaçant le pays en
quarantaine, alors que la population est confrontée à des étals vides.
Déjà largement
dégarnis depuis trois jours, les rayons des magasins et grandes surfaces vont continuer
à se vider cette fin de semaine, les autorités ayant publié une nouvelle liste
"noire" de produits interdits, comprenant notamment les viandes de porc, de
boeuf et toutes les charcuteries et graisses animales.
En outre, la
Commission européenne, qui s'est saisie du dossier, a interdit l'exportation de tout
produit d'élevage belge suspect (oeuf, volaille, viande, produits laitiers).
En Belgique, toutes
les viandes d'origine locale doivent disparaître des rayons, après les oeufs et les
poulets, le temps de vérifier leur éventuelle contamination.
En conséquence,
les Belges ont pris la direction des pays frontaliers pour aller faire leurs courses
samedi. Certains ont même traversé la Manche par ferry depuis Ostende, pour acheter de
la viande britannique, moins chère, mais aussi soumise à embargo théoriquement pour
cause de maladie de la vache folle.
Cette crise,
provoquée par la contamination de farines animales données aux animaux d'élevage, a
déjà entraîné la démission de deux ministres, après que l'on ait découvert que les
autorités étaient au courant de cette affaire depuis au moins un mois.
Le Premier ministre
belge Jean-Luc Dehaene, qui fait face le 13 juin à des élections législatives,
multiplie depuis vendredi les réunions de crise et place le "retour de la
confiance" en tête de ses priorités.
M. Dehaene a
assuré qu'il n'y a pas "de contamination générale à la dioxine". Par mesure
de précaution, il a cependant décidé le retrait de la vente de toutes les viandes
grasses, et a ordonné l'arrêt de tout abattage et transports d'animaux jusqu'au 8 juin
inclus.
D'ici là, les
autorités veulent retrouver toutes les exploitations qui ont été livrées avec de la
farine contaminée, dont le volume est estimé à 80 tonnes.
Les doses
retrouvées dans les oeufs et les poulets sont massives, et peuvent aller jusqu'à 800
fois le maximum autorisé.
Concernant les
tests effectués sur les porcs et les bovins, M. Dehaene a indiqué qu'ils n'avaient pas
montré de "présence effective". Aucun dosage n'a cependant été avancé.
A l'étranger, le
cercle des pays ayant mis les produits belges en quarantaine s'élargit. L'Asie est venue
rejoindre samedi les rangs des pays européens, américains et du Moyen-Orient qui ont
déjà suspendu toute importation de produits belges.
Hong Kong et
Singapour ont interdit samedi l'importation et la vente de volaille et de porc en
provenance d'Europe, tandis que le Japon a décidé de renforcer les mesures de contrôle
sur ces importations.
Toute l'industrie
agro-alimentaire belge est menacée par cette crise qui prend des proportions de
"catastrophe nationale", selon la presse, qui compare le scandale à Tchernobyl.
De nouvelles
réunions ont eu lieu samedi entre les autorités et les distributeurs belges, critiques
devant la mauvaise gestion de cette affaire, ainsi que les organisations agricoles.
Selon les
dernières informations, l'entreprise Verkest, spécialisée dans les graisses animales et
à l'origine du scandale, a livré à 10 sociétés d'alimentation d'animaux d'élevage en
Belgique et deux à l'étranger (France et Pays-Bas), 80.000 kilos de graisse contaminée
à la dioxine, au début de cette année.
Cette graisse a
ensuite été mélangée à des farines animales, qui ont été livrées à des centaines
d'exploitations.
Une enquête est en
cours pour déterminer l'origine de cette dioxine. Plusieurs hypothèses ont été
avancées comme l'utilisation d'huiles de vidanges ou une fuite du liquide de
refroidissement.
Les patrons de
l'entreprise Verkest, qui continue à tourner, ont été écroués et inculpés de faux en
écriture et infraction à la loi sur les matières premières.
La Commission
européenne n'a été prévenue du scandale que le 27 mai, alors que la Belgique avait
envoyés des fax à la France le 3 mai et aux Pays-Bas le 12 mai.
Selon le
commissaire européen Franz Fischler chargé de l'Agriculture, ces deux pays, auraient dû
prévenir les autorités européennes dès réception du fax belge. Samedi, le ministre
français de l'Agriculture Jean Glavany a vivement réagi, déclarant qu'un commissaire
européen ne doit pas "accuser un pays". |
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